Je suis quelqu’un qui a souvent eu besoin de tout contrôler dans sa vie et même encore un peu aujourd’hui. Et je me demandais d’où cela venait. J’anticipais, j’organisais, je gérais : les finances, la maison, les enfants, les imprévus… et même mes émotions.
Avec le recul, je comprends que ce n’était pas une question de caractère. C’était un mécanisme de survie.
Lorsque la vie nous demande de porter beaucoup, le contrôle devient rassurant. Il donne l’impression que, si l’on prévoit tout «au cas où», on sera à l’abri.
Alors on apprend à vivre quelques pas devant soi. On imagine les problèmes avant qu’ils n’existent. On cherche des solutions avant même qu’elles soient nécessaires. Sans s’en rendre compte, on finit par habiter davantage le futur que le présent.
Pendant longtemps, je pensais que mon besoin de contrôle était essentiellement lié aux difficultés financières. En réalité, ce n’était pas l’argent que je cherchais à contrôler. C’était mon sentiment de sécurité. Comme si une petite voix me répétait sans cesse : « Si je ne veille pas, personne ne le fera à ma place. » L’argent n’était que le terrain sur lequel cette peur s’exprimait.
Mais le contrôle ne s’arrêtait pas là. Je contrôlais aussi mes émotions. Je les ressentais, bien sûr, mais je les empêchais de sortir. Mes peurs, mes angoisses, ma tristesse, parfois même ma colère, je les gardais en moi, je ne voulais pas les exprimer pour ne pas inquiéter les gens que j’aime et essentiellement mes enfants. Je ne voulais pas ajouter du poids à ma famille.
Je pensais qu’il fallait que je reste solide, quoi qu’il arrive. Que je sois le pilier contre vents et marées. Je pensais que si je vacillais, tout risquait de vaciller avec moi. Alors je retenais tout. Comme si montrer une émotion risquait de fragiliser tout l’équilibre que j’essayais de maintenir. À force de vouloir tout contenir, je ne me laissais plus beaucoup de place.
Aujourd’hui, c’est différent. Je me permets d’exprimer mes émotions, de les verbaliser et de les montrer lorsqu’elles sont là. Non pas pour que les autres les portent à ma place, mais parce que je n’ai plus besoin d’être toujours forte.
J’ai compris qu’exprimer une émotion ne fragilise pas une personne. Au contraire, cela lui permet de rester vraie. Je n’ai plus besoin de cacher mes peurs, ma tristesse ou mes doutes pour protéger ceux que j’aime. Je peux les accueillir, les exprimer avec justesse, puis les laisser passer. C’est aussi cela, pour moi, le véritable lâcher-prise.
Puis un jour, face à mes préoccupations financières, j’ai décidé d’essayer autre chose. Je me suis dit : « Et si j’accueillais simplement ce qui est ? » Lâcher prise n’a pas consisté à abandonner mes responsabilités. Il a consisté à arrêter de lutter contre un avenir que je ne pouvais pas connaître. J’ai accepté que certains mois soient plus difficiles, que mes réserves étaient là pour être utilisées si nécessaire et que je trouverais des solutions lorsqu’elles se présenteraient. Quelques jours plus tard, une inscription à une formation en e-learning est arrivée sans que je l’aie prévue.
Je n’y ai pas vu une récompense. J’y ai vu un rappel. La vie continue de circuler, même lorsque nous cessons de vouloir tout maîtriser. C’est le même principe pour les émotions…
Aujourd’hui, je crois que le véritable lâcher-prise ne consiste pas à ne plus agir. Il consiste à cesser de dépenser son énergie à vouloir contrôler ce qui n’existe pas encore. Il consiste aussi à accepter que je n’ai plus besoin d’être, en permanence, ce pilier qui porte tout. Le contrôle voulait me protéger. Le lâcher-prise m’apprend, lui, à faire confiance à mes capacités à traverser ce qui viendra.
En réalité, nous ne cherchons presque jamais à contrôler les événements. Nous cherchons surtout à apaiser l’insécurité qu’ils réveillent en nous.
Avant, je me disais : « Je dois assurer ma sécurité. » Aujourd’hui, je me dis : « Je peux faire confiance à mes capacités à traverser ce qui arrivera. » Et cela change tout.