L’impuissance… ou l’art de croire qu’il faut toujours faire.

Pourquoi l'impuissance est parfois une autre forme de puissance

Ces derniers jours, mon site internet m’a offert un magnifique exercice pratique sur… l’impuissance. Quand tout fonctionne, tout va bien. Mais quand le site décide soudainement de faire sa vie sans me demander mon avis, je cherche, je teste, je râle un peu (bon… parfois beaucoup !), puis arrive un moment où je n’ai plus qu’une seule possibilité : attendre.

Et c’est là que je me suis posée une question. Pourquoi cette situation est-elle si inconfortable ?

Je ne peux plus agir. Et c’est précisément là que commence l’inconfort. Je me retrouve face à une forme de vide. Je ne peux plus réparer, accélérer ou contrôler la situation. Je dois accepter que, pour l’instant, rien ne dépend de moi.

Finalement, ce vide, nous le rencontrons souvent.

Quand un proche traverse une période difficile et que nous ne trouvons plus les mots. Quand une personne est malade et que nous voudrions la soulager sans y parvenir. Quand nous aimerions résoudre les problèmes de ceux que nous aimons… mais que nous ne pouvons que les accompagner. On se dit souvent : je ne sais plus quoi faire ? Qu’est ce que je peux faire d’autre ?

Je crois que notre difficulté vient aussi d’une confusion. En général, nous ne voyons qu’une seule forme de puissance, celle de l’action qui crée !

Or, nous devrions distinguer deux formes de puissance.

Il y a la puissance qui transforme les événements et qui crée concrètement dans la matière : réparer, résoudre, guérir, convaincre, agir concrètement sur la réalité.

Et il y a la puissance qui accompagne les événements : écouter, être présent, soutenir, patienter, aimer malgré l’absence de solution.

Nous valorisons énormément la première et nous sous-estimons complètement la seconde. Au point de considérer qu’elle est une forme d’impuissance.

Pourtant, accompagner une personne qui souffre, rester à ses côtés lorsqu’on ne peut rien changer, passer un simple coup de téléphone ou accepter d’attendre lorsque la situation ne dépend plus de nous, ce n’est pas être impuissant. C’est exercer une autre forme de puissance, plus discrète, moins spectaculaire, mais profondément humaine.

Nous avons appris que « faire quelque chose », c’était agir, produire un résultat visible. Alors, lorsque nous ne pouvons plus agir, nous avons l’impression de ne servir à rien, d’être privé de notre liberté d’action et donc de notre puissance. Nous pouvons alors nous sentir démunis, perdus face à ce vide, presque inutiles voire finir par nous croire incapables !

Mais si ce vide n’était pas un vide ? Si c’était simplement un espace où la vie continue son travail, à son rythme ? Après tout, une graine ne pousse pas parce qu’on la regarde. Une blessure ne cicatrise pas parce qu’on l’exige. Une personne ne change pas parce qu’on lui donne le bon conseil. Il existe des processus que nous ne pouvons ni accélérer ni contrôler.

Accepter cela ne fait pas de nous des personnes passives. Cela nous rappelle simplement que nous ne sommes pas tout-puissants. Peut-être que notre erreur est de croire que seule la puissance qui transforme les événements est une véritable puissance, alors que la vie nous demande parfois de développer celle qui sait accompagner, ou être uniquement.

Au fond, nous souffrons peut-être moins de notre impuissance que de notre difficulté à reconnaître qu’accompagner ce vide est, lui aussi, une forme de puissance.

Il existe des moments où la plus grande puissance n’est ni de faire, ni même d’accompagner. C’est simplement d’être, en laissant la vie poursuivre son œuvre à son propre rythme.

Il y a en fait trois niveaux de Puissance :

  • Faire : agir sur le monde, produire un résultat, transformer une situation.
  • Être présent : accompagner quelqu’un, écouter, soutenir, aimer, même lorsque l’on ne peut rien changer.
  • Être : habiter pleinement l’instant, sans avoir à produire, réparer ou justifier son existence.

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