Les deux petits oiseaux : apprendre à aimer sans se perdre

Guérir ses blessures, retrouver ses ailes et découvrir si nos vols s'accordent.

Aujourd’hui, je regardais par ma baie vitrée les petits oiseaux qui venaient autour de chez moi. Et, comme cela m’arrive parfois, ils ont fait naître dans mon esprit une petite histoire, une petite parabole. Parfois, pour expliquer les choses, c’est bien plus facile de parler par images.

Alors aujourd’hui, je vais vous en raconter une.

🐦 Il était une fois deux petits oiseaux. Deux petits oiseaux qui avaient tous les deux une aile cassée.

Le premier oiseau alla se réfugier dans le trou d’un arbre, comme dans une petite grotte. Il se replia sur lui-même et cacha son aile brisée sous son corps. Et il se disait : « Puisque c’est l’autre qui m’a blessé, c’est à lui de venir m’aider. C’est aux autres de venir m’aider car c’est leur faute si je suis comme ça. »

Alors il attendit. Il attendit longtemps. Certains petits oiseaux venaient le voir et lui disaient : « Mais attends… On va t’aider à mettre un bandage. Mais ensuite, c’est à toi de cicatriser. C’est à toi de faire les exercices pour que ton aile retrouve sa force et que tu puisses revoler. »

Mais le petit oiseau refusait. « Non. C’est aux autres. C’est aux autres de venir à moi. C’est aux autres de me soigner et de prendre soin de moi. Moi, je n’y arriverai jamais… »

Le deuxième petit oiseau, lui aussi, avait une aile brisée. Mais il n’avait pas envie de se réfugier dans une petite grotte. Il regardait les autres petits oiseaux qui avaient eux aussi des ailes abîmées. Certains semblaient aller un peu mieux, d’autres avaient des ailes encore plus brisées. Et il se disait : « Oh, moi, ça va. Je vais cicatriser, ça va le faire. Mais l’autre, lui, a davantage besoin de mon aide. Alors je vais aller l’aider. Je vais le pousser un peu. Et s’il faut, eh bien je le porterai sur mon dos, même si j’ai moi-même une aile cassée. »

Mais au bout d’n certain temps, il s’aperçut qu’à vouloir aider les autres, à vouloir les pousser à guérir, ceux-ci refusaient son aide. Ils n’en voulaient pas. Alors il prit conscience de sa fatigue, de son épuisement à vouloir porter le fardeau des autres. Et son aile se fatigua encore davantage et elle se brisa même un peu plus. Lui aussi dut alors se réfugier dans un petit endroit au calme.

Et c’est là que, chacun dans sa petite grotte, les deux petits oiseaux comprirent quelque chose. Ils comprirent qu’ils ne pouvaient véritablement s’aider et aider les autres qu’en s’aidant eux-mêmes d’abord.

Le premier oiseau se dit : « Mais oui… Il faut que je cicatrise. C’est à moi de cicatriser. C’est à moi de faire les exercices dont j’ai besoin pour que mon aile retrouve sa force et que je puisse me réenvoler. Ce n’est pas à l’autre de faire les exercices à ma place. »

Et le deuxième oiseau se dit : « Mais oui… Il faut que je guérisse. Il faut que je reprenne des forces avant de pouvoir aller aider les autres. Avant de porter quelqu’un, il faut déjà que je puisse m’envoler moi-même et être stable avec mes propres ailes. »

Alors, petit à petit, chacun prit soin de son aile. Ils apprirent à soigner leur blessure, à accepter leurs cicatrices et à refaire doucement leurs exercices. Et ils reprirent le vol de la vie.

Et un jour, les deux petits oiseaux, désormais capables de voler à nouveau malgré les cicatrices sur leurs ailes, se posèrent tous les deux sur la même branche.

Ils se regardèrent. Ils ne se demandèrent pas combien de blessures l’autre avait eues. Ils ne cherchèrent pas à savoir qui avait le plus souffert. Ils virent simplement deux oiseaux qui avaient encore quelques cicatrices, mais dont les ailes avaient retrouvé leur force.

Le premier demanda : — Tu crois que tu sais encore voler ? L’autre sourit. — Je crois que oui. Mais je ne sais pas si nous volerons de la même façon. Alors ils s’envolèrent, pas très loin, juste au-dessus de la forêt. Le premier monta un peu plus haut, le second ralentit. Puis le premier ralentit à son tour. Ils cherchèrent leur rythme. Parfois, l’un prenait de l’avance, parfois, c’était l’autre. Ils ne se portaient pas, ils ne se tiraient pas, ils ne se demandaient pas de réparer leurs ailes, ils volaient simplement à côté l’un de l’autre. Au bout d’un moment, ils se posèrent sur une autre branche. — Alors ? demanda l’un. L’autre regarda le ciel. — Je ne sais pas encore où nous irons. Puis il ajouta : — Mais j’ai aimé voler avec toi. Et le premier répondit : — Moi aussi. On peut refaire un petit tour demain.

❤️ Ils avaient compris quelque chose : Aimer quelqu’un ne signifie pas réparer ses ailes. Ce n’est pas porter celui qui ne peut pas voler. Ce n’est pas non plus demander à l’autre de voler exactement comme soi. C’est parfois simplement rencontrer quelqu’un qui, comme nous, a connu la tempête, qui a pris le temps de réparer ses propres ailes… Et se dire : « Je ne sais pas où nous irons. Mais si tu en as envie, faisons un petit tour dans le ciel et voyons si nos vols s’accordent. »

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