Écouter son oui, entendre son non et poser ses limites sans oublier la liberté de l’autre.
⛔ Pendant longtemps, j’ai eu du mal à dire non. Je crois que j’avais appris très tôt qu’une « gentille petite fille » devait être obéissante. Elle devait accepter, faire plaisir, ne pas contrarier, ne pas décevoir. Dire non pouvait alors donner l’impression de ne pas être gentille. Alors j’ai souvent dit oui : Oui pour faire plaisir. Oui pour éviter un conflit. Oui parce que je craignais de décevoir. Oui alors qu’au fond de moi, quelque chose disait non. Et parfois, à force de ne pas écouter ce petit non, la frustration s’accumulait. Jusqu’au moment où la soupape explosait et où mon non sortait dans la colère, avec des mots durs ou tranchants.
Avec le recul, je me demande si je n’avais pas appris très jeune que mon petit non calme ne suffisait pas pour être entendue. Lorsqu’un « stop » n’est pas respecté, l’enfant peut finir par croire qu’il faut parler plus fort pour que sa limite soit enfin prise en compte. Peut-être ai-je ainsi appris à attendre d’être à bout pour affirmer ce que je ressentais depuis longtemps.
Aujourd’hui, je comprends que mon chemin n’est pas simplement d’apprendre à dire non. Il est d’abord d’apprendre à entendre mon non. Car lorsque quelque chose en moi dit non et que je continue malgré tout, je me détourne de moi-même. Et lorsque je change mon choix uniquement parce que quelqu’un risque d’être déçu, est-ce encore vraiment mon choix ?
L’autonomie que j’ai construite peu à peu m’a appris à me poser une autre question : « Qu’est-ce que moi, je choisis ? » J’ai commencé à écouter mes ressentis, mes envies, mes limites. À me dire des oui, mais des oui choisis. Et à oser aussi dire des non.
J’en ai fait l’expérience dans des décisions importantes de ma vie. Certaines propositions pouvaient sembler raisonnables sur le papier, mais provoquaient en moi une profonde résistance. J’ai appris à prendre cette sensation au sérieux, même lorsque mon choix pouvait paraître difficile à comprendre pour les autres.
Dire non n’a pas toujours été facile. Parce que derrière le non pouvait encore se cacher la culpabilité : « Est-ce que j’ai le droit de refuser ? » ; « Est-ce que je vais décevoir ? » ; « Est-ce que je suis en train d’être égoïste ? ». Mais j’ai découvert que la culpabilité n’était pas forcément le signe que mon choix était mauvais. Elle pouvait simplement être le signe que j’étais en train de faire quelque chose de nouveau : me respecter. Et pourtant, me respecter ne signifie pas que seul mon désir compte.
C’est là qu’une autre notion est venue rejoindre ma réflexion : le respect de l’autre.
Dire non ne signifie pas rejeter l’autre. Dire oui ne signifie pas s’oublier pour lui faire plaisir. Je peux poser une limite sans humilier. Je peux refuser sans mépriser. Je peux choisir pour moi sans considérer que mon choix est forcément meilleur que celui de l’autre. Et surtout, si je revendique le droit de dire non, je dois aussi accepter que l’autre puisse me dire non.
C’est là que mon histoire personnelle m’a également beaucoup appris.
J’ai connu le non de quelqu’un que j’aimais profondément. J’ai pu comprendre qu’il avait le droit de faire un choix pour lui, même si ce choix me faisait souffrir. Mais j’ai aussi découvert qu’il existe une différence entre le droit de choisir et la manière de faire vivre son choix à l’autre.
Une rupture peut être nécessaire. Elle peut même être douloureuse pour les deux personnes. Mais lorsqu’une décision concerne une relation construite à deux, la manière dont elle est annoncée, expliquée et mise en œuvre peut faire toute la différence.
On peut dire : « Je choisis de partir et je sais que cela va te faire souffrir. », tout en restant dans l’écoute et le respect, ou bien décider seul, fermer tout espace de dialogue et laisser l’autre subir les conséquences de cette décision. Parfois il y a même un mélange des deux… Le choix peut être légitime, mais la manière de le poser peut manquer de considération.
J’ai compris que l’autonomie ne devait pas devenir une nouvelle forme d’égoïsme. Me choisir ne signifie pas écraser l’autre. Et respecter l’autre ne signifie pas non plus me sacrifier pour lui. Entre les deux, il existe peut-être un équilibre : Je compte. Tu comptes. Et chacun reste libre de ses choix.
Cette réflexion m’a également permis de comprendre ce qu’est, pour moi, la cohérence avec soi-même. Être cohérent, ce n’est pas penser quelque chose et agir à l’opposé. C’est essayer de faire correspondre ce que je ressens, ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais. Écouter mon oui. Écouter mon non. Les accueillir. Puis agir en accord avec eux, tout en restant attentive à la personne qui se trouve en face de moi.
Aujourd’hui, je crois que mon autonomie passe par là. Apprendre à m’entendre avant de chercher l’approbation des autres. Comprendre que je peux décevoir quelqu’un sans être une mauvaise personne. Comprendre que je peux dire non sans devenir méchante. Comprendre aussi que l’autre peut me dire non sans que cela signifie qu’il me rejette ou qu’il ne me respecte pas. Et surtout, apprendre que mon non n’a pas besoin de devenir colère pour être légitime.
💛 Peut-être que finalement, grandir, c’est cela aussi : apprendre à se choisir sans oublier l’autre. Parce que le respect de soi ne devrait pas supprimer le respect de l’autre. Et le respect de l’autre ne devrait jamais exiger que l’on se renie soi-même.
⛵ Pour poursuivre cette réflexion…
🦋 Approfondir
Prendre sa place sans culpabilité
🦋 Ouvrir une autre perspective
La protection intérieure : le jour où j’ai cessé d’attendre qu’on me protège
🃏 Faire une pause
Carte du jour – Écoute : être pleinement présent à soi, aux autres et à ce qui nous entoure
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