Dépendance, autonomie, interdépendance : où se trouve notre liberté ?

Et si être libre ne signifiait pas n’avoir besoin de personne, mais pouvoir choisir comment nous avons besoin des autres ?

⛓️‍💥 Pendant longtemps, je me suis demandée si l’une des choses que j’avais à travailler dans ma vie était mon indépendance. J’avais souvent eu le sentiment d’avoir été dépendante : de ma famille, de certaines personnes qui avaient compté dans ma vie, de mes relations. Alors, lorsque je me suis retrouvée seule, j’ai pensé que cette période de célibat allait peut-être m’apprendre à devenir indépendante.

Mais en réfléchissant à ce que signifie réellement être indépendant, quelque chose m’a fait hésiter. Car sommes-nous réellement indépendants ? Nous dépendons de notre environnement, de la nature, de la nourriture que nous mangeons, de l’eau que nous buvons, des infrastructures qui nous entourent, des connaissances transmises par les autres, des personnes qui cultivent, fabriquent, soignent, enseignent ou entretiennent ce dont nous avons besoin. Même lorsque nous pensons être parfaitement autonomes, nous sommes toujours reliés à quelque chose ou à quelqu’un.

L’indépendance absolue semble donc davantage être une utopie qu’une réalité.

Et si ce que nous cherchions n’était finalement pas l’indépendance, mais l’autonomie ?

Être autonome, ce n’est pas tout faire seul. Pour moi, la différence est devenue peu à peu évidente.

L’indépendance pourrait se résumer par : « Je n’ai besoin de personne pour faire cela. »
L’autonomie serait plutôt : « Je suis capable de décider de ce dont j’ai besoin et de chercher les moyens d’y répondre. »

Et cela change tout. Je peux être incapable de faire quelque chose seule et rester parfaitement autonome.

Je le constate par exemple dans mon quotidien. Certaines tâches sont devenues plus difficiles physiquement. Je peux alors chercher des outils adaptés, modifier ma façon de faire ou demander l’aide de quelqu’un lorsque cela est nécessaire. Le fait d’avoir besoin d’un outil ou d’une personne ne signifie pas que je perds mon autonomie. Au contraire ! Je reste celle qui observe la situation, qui identifie son besoin, qui cherche une solution et qui choisit l’aide qui lui convient.

La dépendance peut se trouver dans le moyen utilisé. L’autonomie se trouve dans la capacité à choisir ce moyen. Cette distinction me paraît essentielle.

🤔 En repensant à mon histoire, je me rends compte que ce qui m’a peut-être le plus manqué n’était pas forcément l’indépendance, mais la capacité à décider pleinement pour moi-même. Lorsque nous sommes enfants, ce sont naturellement nos parents qui décident pour nous. Puis, en grandissant, d’autres influences peuvent prendre leur place : la famille, le conjoint, les habitudes, les attentes sociales ou simplement les personnes auxquelles nous accordons beaucoup de crédit. Et parfois, sans même nous en rendre compte, nous suivons une direction qui n’est pas vraiment la nôtre : un choix d’études influencé par la famille, un changement de vie accepté parce que le conjoint l’a décidé, une orientation professionnelle suivie parce qu’une personne nous a convaincus que c’était ce qu’il fallait faire.

Sur le moment, nous pouvons avoir l’impression de choisir. Mais lorsque nous regardons en arrière, une question peut apparaître : « Est-ce que c’était vraiment mon choix ? » C’est peut-être là que se trouve l’une des grandes différences entre dépendance et autonomie.

Être autonome ne signifie pas ne jamais écouter les autres. Cela signifie pouvoir les écouter sans leur abandonner notre pouvoir de décision : Je peux entendre un conseil sans être obligée de le suivre, je peux demander un avis sans en faire une vérité, je peux accepter de l’aide sans remettre ma vie entre les mains de celui ou celle qui m’aide, et surtout, je peux apprendre à reconnaître mon propre oui et mon propre non.

Peut-être que l’autonomie est une forme de liberté

Aujourd’hui, je me demande si mon chemin n’a pas consisté à passer progressivement de la dépendance à l’autonomie. Non pas pour devenir quelqu’un qui n’a besoin de personne. Mais pour devenir quelqu’un qui peut dire : « Je sais ce dont j’ai besoin. Je sais ce qui me convient. Et je peux chercher les moyens d’y répondre. » Cela peut parfois passer par mes propres capacités, parfois par un outil, parfois par l’aide d’un professionnel, parfois par le soutien d’un proche. Je l’ai expérimenté avec l’entretien de mon jardin. Avec la maladie, cela devenait compliqué donc je me suis demandée : que puis-je faire ? J’ai acheté des outils adaptés à mes capacités, je prends deux fois plus de temps pour faire les choses (ce n’est pas grave) et si besoin, je fais appel à un jardinier et miracle parfois arrivent mes enfants…

L’autonomie ne consiste donc pas à tout faire soi-même. Elle consiste à rester actrice de sa vie, même lorsque l’on a besoin des autres.

Et cette réflexion me fait également comprendre pourquoi la perte d’autonomie peut être si douloureuse. Ce n’est pas nécessairement le fait d’avoir besoin d’aide qui nous fait souffrir. C’est parfois de ne plus pouvoir décider, choisir, agir ou participer à ce qui nous concerne. D’où l’importance de certaines choses. Nous pouvons avoir besoin des autres sans être infantilisés. Nous pouvons être aidés sans être dépossédés de nos choix. Et peut-être est-ce justement cela que nous cherchons tous à préserver : la possibilité de rester sujets de notre propre vie.

Et puis, il y a encore une étape. Car si l’indépendance absolue est impossible et si l’autonomie ne signifie pas tout faire seul, alors quelle place donner aux autres ? C’est là que je découvre une notion qui m’était jusqu’ici moins familière : l’interdépendance.

Nous sommes dépendants les uns des autres, mais cette dépendance peut être choisie, consciente et équilibrée : Je peux avoir besoin de toi sans que tu décides pour moi. Tu peux avoir besoin de moi sans que je décide pour toi. Nous pouvons nous entraider, nous soutenir, nous compléter, tout en restant chacun responsable de nos propres choix.

L’interdépendance ne serait alors plus une perte de liberté. Elle pourrait devenir une relation dans laquelle deux autonomies se rencontrent.

Et peut-être que c’est aussi cela, être en couple : Non pas revenir à la dépendance, non pas défendre à tout prix son indépendance, mais apprendre à dire : « Je peux vivre sans toi, mais je choisis de vivre avec toi. » Et cette nuance change profondément la relation. Car lorsque je n’ai plus besoin de quelqu’un pour exister, je peux véritablement choisir de partager mon existence avec lui. Je ne suis plus avec l’autre parce que je ne peux pas faire sans lui. Je suis avec lui parce que je peux faire seule, mais j’ai envie de construire avec lui.

💛 Peut-être finalement que le chemin n’est pas :
Dépendance → Indépendance
mais plutôt :
Dépendance → Autonomie → Interdépendance.
Et peut-être que la véritable liberté ne consiste pas à n’avoir besoin de personne. Elle consiste à pouvoir avoir besoin des autres sans se perdre soi-même.

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